Le Sun Trip est aussi un Language Trip/2

Venons-en aujourd'hui aux explications : comment obtient-on la carte linguistique d'hier ?

On sait que les langues peuvent se regrouper généalogiquement en ensembles de différents degrés en fonction de correspondances qu'elles présentent entre elles, au niveau des sons, de la grammaire ou encore du vocabulaire qui les composent. Ce sont en particulier les faits de vocabulaire qui sont les plus visibles pour qui n'est pas spécialiste de la question.

 

Ainsi, pour faire simple, « langue » se traduit par lengua en espagnol, língua en portugais, et lingua en italien : cette correspondance et bien d'autres nous font rassembler ces quatre langues dans le groupe des langues dites romanes, qui, grossièrement, ont toutes quatre le latin pour ancêtre commun. « Pomme » se traduira par apple en anglais, appel en néerlandais et Apfel en allemand : ces trois langues seront donc rassemblées dans un autre groupe, dit germanique, auquel le français n'appartiendra pas, et qui ont, de même, un ancêtre commun propre à elles, dit proto-germanique (d'un suffixe « proto- » tiré du grec et ayant le sens de « qui se situe au commencement »).

 

On obtient ainsi, à un premier degré, deux groupes de langues. Mais de nombreux autres indices, moins évidents, nous conduisent dans un second temps à rassembler ces deux groupes de langues dans un même grand groupe de second degré : ainsi la correspondance qu'on trouve entre d'une part l'anglais (to) stand, le néerlandais staan et l'allemand stehen (signifiant « être debout »), et d'autre part l'espagnol et le portugais estar et l'italien stare (« être (passagèrement) ») [et l'ancien français ester, signifiant « être debout »]. Ces deux groupes de langues ont donc à un second degré un ancêtre commun, dit proto-indo-européen (ce groupe s'étalant traditionnellement dans l'espace depuis l'Europe jusqu'au nord de l'Inde), et on les classifie donc tous deux, avec quelques autres, dans la grande famille des langues dites indo-européennes. La figure suivante représente ces résultats graphiquement :

Schéma généalogique de la famille des langues indo-européennes
Schéma généalogique de la famille des langues indo-européennes

Ces conclusions généalogiques, même assez grossières, expliquent ce phénomène banal qui veut qu'il soit plus aisé pour un francophone d'apprendre l'espagnol que l'allemand, parce que le français partage avec l'espagnol un ancêtre commun plus récent qu'avec l'allemand ; mais qu'il soit tout de même plus aisé pour ce même francophone d'apprendre l'allemand que le mandarin, parce que le français partage avec l'allemand un ancêtre commun, même lointain, alors qu'il n'en partage aucun, pour autant que la linguistique puisse en juger, avec le mandarin.

 

Bien, mais quel rapport avec les langues traversées par le Sun Trip 2015, me direz-vous ? Nous y viendrons demain !

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