« Longue marche » : à pied d'Istanbul à Xi'an

Ce message pour vous parler d'un beau livre que certains d'entre vous connaissent sans doute déjà. Longue marche (Phébus, 2003) est le récit par Bernard Ollivier d'un grand et lent voyage à pied qui l'a mené d'Istanbul à Xi'an, en Chine, le long des anciennes Routes de la Soie. Une douzaine de milliers de kilomètres qu'il a parcourus en quatre fois, à coups de quelques mois par belle saison, entre 1999 et 2002.

   Un exploit sportif ? Probablement aussi, mais ce n'est pas vraiment là ce que recherche l'auteur, ni ce qui m'a intéressé. Ce qui fait la générosité de ce livre, c'est sa simplicité de ton, sa franchise. Et la série de visages qui défilent page après page au fil des rencontres du marcheur, qui dans sa lenteur se rend disponible, se donne la chance de découvrir les choses telles qu'elles veulent se présenter à lui, sans les brusquer, sans rien provoquer. Et toutes les choses, les belles comme les moins belles, peu importe. Voilà donc quelqu'un chez qui puiser quelques pensées pour comprendre un peu mieux peut-être ce que c'est que voyager. Car si Bernard Ollivier adopte quelquefois des attitudes de sportif ou de touriste, il demeure, dans le fond, un voyageur.

   C'est le premier de ses trois volumes, Traverser l'Anatolie, qui intéressera le plus les Sun-Trippers sudistes – ceux qui passeront par la Turquie et non par l'Europe de l'Est. Ce premier tome balaye le premier quart du parcours, le nord de l'Anatolie d'ouest en est, depuis Istanbul jusqu'à Doğubayazıt, à la frontière avec l'Iran, sans presque omettre un seul kilomètre de récit.

 

   Certes, une quinzaine d'années auront rendu le récit de Bernard Ollivier aujourd'hui en partie obsolète, et certes nos grosses machines ne nous laisseront pas fouler beaucoup des chemins qu'il a empruntés. Mais tout de même : il ne fait aucun doute que nous n'échapperons pas à l'infinie hospitalité des Turcs (« Viens prendre le thé ! » revient sans cesse comme un refrain) ni à la grande beauté des paysages, parfois exigeants, de cette partie de notre itinéraire. Hospitalité et beauté qui sont les deux toiles de fond de ce premier volume de Longue marche.

   Et ce livre, qui nous propose un portrait d'une région, nous donne aussi le plaisir d'en savoir plus sur un homme qui conçoit avant tout les « longues marches » – ce en quoi certains verraient un « défi sportif hors normes » – comme un moment privilégié pour se retrouver avec soi-même et prendre du recul sur son existence « ordinaire ». C'est cette vision de la marche qui l'a poussé à fonder en 2000 l'association Seuil, qui aide des adolescents en grande difficulté sociale à réfléchir sur eux-mêmes et à retrouver des repères en les invitant à parcourir d'un trait 1800 km à pied en l'espace de 3 mois accompagnés d'un adulte.

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